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reglementation Publié le Mis à jour le 11 minutes de lecture

Que pouvez vous vraiment décider seule face à la réserve héréditaire de vos enfants ?

On vous a dit que vous ne pouviez rien décider, ou au contraire que vous étiez libre de tout donner. Les deux affirmations sont fausses. Voici ce que le code civil impose réellement, la part dont vous disposez librement, et les croyances qui font perdre du temps en rendez vous notarial.

Femme d’environ soixante ans debout dans un couloir d’étude notariale devant une bibliothèque de dossiers cartonnés, une chemise à rabats sous le bras
reglementation, Cahier de transmission

Vous décidez seule d’une part de votre patrimoine, appelée quotité disponible, et d’elle seulement. Le reste revient à vos enfants au titre de la réserve héréditaire, et aucun testament, aucune donation, aucune volonté écrite ne peut le leur retirer. Vous n’êtes donc ni prisonnière ni toute puissante: vous disposez d’une marge réelle, qui se calcule.

Cette marge dépend d’un seul paramètre, le nombre d’enfants que vous laissez. Avec un enfant, vous disposez librement de la moitié. Avec deux, du tiers. Avec trois ou plus, du quart. C’est ce que fixe l’article 913 du code civil, et cela ne se négocie pas.

Mais avant d’appliquer ces fractions, une étape en décide la matière: la liquidation de votre régime matrimonial. Tant qu’elle n’a pas été faite, personne ne sait ce que contient réellement votre succession. C’est là que les mauvaises surprises se logent, bien plus que dans la réserve elle même.

Deux parts et deux règles, la réserve et la quotité disponible

Le vocabulaire décourage, le mécanisme est simple: la loi coupe votre patrimoine transmissible en deux blocs et applique à chacun une règle opposée.

Ce que l’article 912 du code civil sépare

L’article 912 définit la réserve héréditaire comme la part des biens dont la loi assure la dévolution à certains héritiers, dits réservataires, et la quotité disponible comme la part qui n’est pas réservée et dont vous pouvez disposer librement par donation ou par testament.

Vos réservataires, ce sont vos descendants: vos enfants, et à défaut leurs propres enfants. Votre conjoint ne devient réservataire que si vous ne laissez aucun descendant. Vos parents, depuis la réforme de 2006, ne le sont plus.

Point capital: la réserve porte sur une masse évaluée, pas sur chaque bien pris isolément. Le partage peut donc être inégal en nature, un enfant recevant la maison et l’autre des capitaux, tant que la valeur revenant à chacun respecte sa part réservée.

La part réservée varie avec le nombre d’enfants

Les fractions posées par l’article 913 s’appliquent au patrimoine reconstitué, donations déjà consenties comprises, et non aux seuls biens restants au jour du décès.

Nombre d’enfants laissésRéserve héréditaireQuotité disponible
Un enfantLa moitiéLa moitié
Deux enfantsDeux tiersUn tiers
Trois enfants ou plusTrois quartsUn quart
Aucun descendant, conjoint survivantUn quart pour le conjointTrois quarts

La quotité disponible n’est pas une part réservée à un tiers. Vous pouvez l’attribuer à qui vous voulez: votre conjoint, un enfant plutôt qu’un autre, un bel enfant, une filleule, une association.

Avant la succession, la liquidation de votre régime matrimonial

Rien ne se partage tant que le régime matrimonial n’a pas été liquidé. Cette opération sépare ce qui appartenait déjà au conjoint survivant de ce qui compose la succession. Elle précède la réserve et la commande.

Communauté réduite aux acquêts, séparation de biens, participation aux acquêts

Si vous vous êtes mariée sans contrat, vous relevez du régime légal de la communauté réduite aux acquêts. Tout ce que le couple a acquis pendant le mariage, salaires compris, est commun; la moitié de cette communauté revient au conjoint survivant en propre, avant toute succession.

En séparation de biens, chacun conserve ce qu’il a acheté à son nom, et les achats communs sont en indivision selon les proportions inscrites dans l’acte. En participation aux acquêts, le mariage fonctionne comme une séparation, puis une créance de participation est calculée à sa dissolution.

Retrouvez votre contrat de mariage, ou constatez par écrit qu’il n’existe pas. C’est la première pièce de votre dossier de rendez vous notarial, et elle commande tout le raisonnement.

Ce qui vous appartient déjà et ne se transmet pas

Sous le régime légal, restent vos biens propres ceux que vous possédiez avant le mariage et ceux que vous avez reçus pendant, par succession ou par donation. L’appartement hérité de votre mère ne devient jamais commun du seul fait qu’il est occupé par le couple.

Un mécanisme discret joue souvent contre les femmes: la récompense. Si des fonds communs ont financé des travaux sur votre bien propre, la communauté y a droit. L’inverse vaut aussi, et se prouve avec des relevés bancaires, pas avec des souvenirs.

Notez pour chaque bien son origine, sa date d’entrée dans votre patrimoine et la provenance des fonds qui l’ont payé ou amélioré.

Les droits du conjoint survivant, souvent mal compris

Le mariage protège, mais moins qu’on ne l’imagine, et différemment selon la composition de la fratrie.

Enfants communs ou enfants d’une autre union, l’option n’est pas la même

L’article 757 du code civil pose deux situations. Si tous vos enfants sont issus de vous deux, votre conjoint choisit entre l’usufruit de la totalité des biens existants et le quart en pleine propriété.

Si l’un seulement de vos enfants n’est pas le sien, ce choix disparaît: il ne reçoit que le quart en pleine propriété. C’est la règle que les familles recomposées découvrent le plus tard, et celle qui appelle le plus souvent une décision anticipée, comme le détaille notre article sur la protection du conjoint et des enfants en famille recomposée.

Le logement du couple, protection temporaire et droit viager

Deux protections distinctes existent, et une seule est automatique. Le droit temporaire au logement de l’article 763 donne au conjoint la jouissance gratuite du logement du couple et de son mobilier pendant l’année qui suit le décès. Il est d’ordre public: vous ne pouvez pas l’écarter.

Le droit viager d’habitation de l’article 764 est d’une autre nature. Il permet au conjoint de rester sa vie durant, mais il doit être demandé dans l’année du décès, et vous pouvez l’écarter par testament authentique. Le silence sur ce point est une décision, pas une neutralité.

Ce que la loi n’impose pas, contrairement à ce que l’on croit

Quatre croyances reviennent à chaque rendez vous. Chacune coûte du temps, et parfois beaucoup plus.

Un testament olographe n’a pas besoin d’un notaire pour être valable

L’article 970 du code civil est explicite: un testament écrit en entier de la main du testateur, daté et signé, est valable sans témoin ni notaire. Il ne vaut rien s’il est tapé à l’ordinateur, même signé.

Sa faiblesse n’est pas sa forme, c’est sa localisation. Un testament que personne ne trouve ne produit aucun effet: d’où son dépôt chez un notaire et son inscription au fichier central des dispositions de dernières volontés.

Vos beaux enfants ne deviennent pas héritiers par le mariage

Les enfants de votre conjoint ne sont pas vos héritiers, même élevés sous votre toit pendant vingt ans, même appelés mes enfants dans la conversation familiale. Le mariage crée une alliance, pas une filiation.

Pour leur transmettre, il faut un acte: un legs pris sur votre quotité disponible, une donation, ou une adoption dont les effets successoraux et fiscaux doivent être examinés avant toute décision.

Un partenaire de PACS ou un concubin n’hérite pas sans écrit

Le partenaire lié par un pacte civil de solidarité n’a aucun droit dans votre succession en l’absence de testament. Il bénéficie du droit temporaire au logement d’un an, rien de plus. Un testament lui est indispensable, et il reste exonéré de droits de succession lorsqu’il reçoit par ce biais.

Le concubin n’a rien: ni droit successoral, ni protection sur le logement, et il est taxé au tarif le plus élevé du barème s’il est gratifié par testament.

Les leviers légaux qui existent et leurs conditions

Aucun outil ne supprime la réserve. Plusieurs élargissent votre marge, à des conditions de forme strictes.

La donation entre époux et la quotité disponible spéciale

La donation au dernier vivant, prévue par l’article 1094-1, ouvre à votre conjoint un choix plus large que la loi seule: la quotité disponible ordinaire, ou le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit, ou la totalité en usufruit.

Elle se signe devant notaire et reste révocable de votre vivant. C’est l’outil le plus courant pour laisser un conjoint dans le logement sans entamer la réserve des enfants.

La renonciation anticipée à l’action en réduction

Un enfant peut renoncer par avance à contester une libéralité qui entamerait sa réserve, ce que prévoit l’article 929. C’est l’outil des familles où l’un des enfants est vulnérable, ou d’une entreprise que l’on veut préserver.

Le formalisme est lourd et protecteur: acte authentique reçu par deux notaires, signé séparément par chaque renonçant. Une renonciation obtenue autour d’une table de cuisine ne vaut rien.

Le mandat à effet posthume pour une personne fragile

Les articles 812 et suivants permettent de désigner de votre vivant, par acte notarié, une personne chargée d’administrer tout ou partie de votre succession pour le compte de vos héritiers.

Il suppose un intérêt sérieux et légitime, motivé dans l’acte, par exemple un enfant en situation de handicap ou une entreprise à tenir. Sa durée est encadrée par la loi et plus longue lorsque l’héritier est vulnérable.

Traduire la règle en questions posées à votre notaire

Une règle comprise mais non appliquée à votre cas ne sert à rien. Le passage se fait par des questions écrites, formulées avec les termes du droit et appuyées sur vos pièces.

Six questions écrites qui font gagner une heure de rendez vous

  1. Sous quel régime matrimonial suis je mariée, et que contient exactement ma masse propre aujourd’hui ?
  2. Après liquidation du régime, quelle est la consistance prévisible de ma succession ?
  3. Compte tenu du nombre de mes enfants, quel est le montant approximatif de ma quotité disponible ?
  4. Les donations que j’ai déjà consenties entament elles cette quotité disponible ?
  5. Que recevrait mon conjoint sans acte, et que faudrait il signer pour qu’il puisse rester dans le logement ?
  6. Quelles décisions puis je prendre seule, et lesquelles supposent l’accord de mes enfants ?

Les textes cités dans cet article sont consultables intégralement sur Légifrance, le service public de la diffusion du droit. Les lire avant le rendez vous vous évite de confondre une règle impérative et une simple habitude.

Décider en connaissance, plutôt que subir la règle par défaut

Retenez trois choses: votre marge de décision existe et se chiffre, elle dépend du nombre de vos enfants, et elle ne se calcule qu’après avoir liquidé votre régime matrimonial. Tout le reste, protection du conjoint, place d’un bel enfant, sort du logement, se joue à l’intérieur de cette marge.

Mettre à plat votre régime, vos biens propres, vos donations déjà consenties et vos volontés est précisément ce que fait l’inventaire patrimonial de Herelia, avec une fiche de régime matrimonial expliquée en français courant. Une révision par an suffit ensuite, et notre calendrier annuel de revue du dossier patrimonial en fixe les étapes.

Pour savoir où vous en êtes avant d’écrire quoi que ce soit, demandez une démonstration de la fiche de quotité disponible en indiquant votre régime et le nombre de vos enfants.

Passer à votre situation

Herelia rassemble vos biens, vos contrats et vos volontés dans un dossier lisible que vous posez sur le bureau de votre notaire, avec la liste des pièces et les décisions à valider.

Écrivez-nous en quelques lignes où vous en êtes. Nous répondons à la main sous deux jours ouvrés et nous vous disons franchement si le logiciel est utile dans votre cas.

Portrait de Jimenez Julien, éditeur de Herelia

L’auteur de cet article

Jimenez Julien

Il conçoit Herelia, le logiciel qui met à plat le patrimoine, les clauses bénéficiaires et les volontés des femmes de cinquante à soixante ans avant leur rendez vous notarial. Il écrit ici la documentation qu’il aurait voulu trouver le jour où une succession de son entourage est restée bloquée quatre ans, faute d’un simple écrit.

Le parcours de Jimenez Julien et la méthode de vérification des contenus

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